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NOS ACTUS


La position critique du critique



« Tu as aimé ? Tu n’as pas aimé ? » Le rôle du critique est peu de chose quand ce dernier est relégué au simple « guide du consommateur ». Mais la critique cinéma professionnelle va bien sûr au delà des étoiles. Bousculé par les évolutions technologiques, le journaliste spécialisé doit se faire une place en Belgique francophone. Pourquoi ? Comment ? Ces questions étaient au cœur du débat public organisé par l’UPCB et Bozar, le 6 janvier 2016, et modéré par David Hainaut (Président de l’Union de la Presse Cinématographique/ Rédacteur en chef « Cinéma Belge » & Freelance). Avec pour intervenants Djia Mambu (Journaliste indépendante), Laurent Raphael (Rédacteur en chef du Focus Vif) et Gauthier Keyaerts, (Journaliste pour Cinenews.be)
Compte-rendu par Astrid Jansen, journaliste et critique pour L’Avenir

François Truffaut a dit « En France tout le monde a deux métiers : le sien et critique de cinéma ». Aujourd’hui, plus que jamais, comment se faire une place ? Le critique se retrouve dans une situation… critique. Cependant, pas de quoi « se flinguer » (comme l’a joliment craint un membre du public lors de ce débat). Il reste encore des esprits subversifs, ludiques et analytiques dans les caboches de nos « journalistes cinéma ». En démontre ce débat, qui fut assez animé.

1. Qu’attend-t-on du journaliste cinéma ?

Le critique de cinéma n’est pas là pour distribuer des étoiles. Spécialisé, il existe pour remplir les plages de décodage. Ce journaliste a connu un âge d’or à l’époque de la Nouvelle Vague, quand la parole des Cahiers du Cinéma était synonyme d’évangile pour les cinéphiles. Aujourd’hui, le critique n’est parfois qu’une voix parmi une foule anonyme de blogueurs ; il est aussi bien malmené par les pressions économiques que par la crise de la presse écrite ; il doit donc défendre sa place. Ensuite seulement, il lui reste l’énergie minimale pour son rôle premier, celui de décodeur.

Pour remettre l’église au milieu du village, et dans un souci de légitimité, l’UPCB, qui est une Association Professionnelle, exige de ses membres une garantie logiquement professionnelle. Chacun doit effectivement exercer une activité de journaliste ciné régulière et rémunérée. Ensuite, c’est à force de passion, de recherche et d’expérience que le journaliste devient le spécialiste attendu au tournant par le public. « Je crois encore que le journaliste est un passeur. Qui est là pour décrypter la société a travers le prisme de la culture», disait justement Laurent Raphaël.

2. Comment se portent la presse cinématographique et la critique en Belgique en 2016 ?

« Les médias ne soutiennent pas suffisamment leurs employés. Ils en tireraient pourtant un grand bénéfice. Je n’ai pas non plus encore ressenti qu’un média voulait réellement traiter la diversité.» Djia Mambu est journaliste, chroniqueuse cinéma pour Radio Africa n°1, elle écrit aussi pour Africultures, Africiné Magazine, Cinéma Belge et Images Francophones. Véritable bourlingueuse, elle constate en Belgique un manque d’intérêt flagrant à l’égard des journalistes de cinéma. Face à ce constat, le public réagit: « Trop peu de critiques offrent de vraies analyses, les textes sont courts, expédiés et tous se ressemblent.» Comment en est-ton arrivé là ? Pression économique bien sûr, bouc-émissaire avéré du XXIe siècle !

« Le marché s’est organisé de manière commerciale et a pris le pas sur le reste. Aujourd’hui, pour un magazine qui a pignon sur rue comme le Focus Vif, obtenir des conditions d’entretien correctes est devenu très compliqué. Ce n’est plus possible de mener des projets originaux en allant au fond des choses, ne fut-ce qu’une heure, avec un artiste ou un réalisateur », constate amèrement Laurent Raphaël. Face au diktat de la promo, deux réactions restent possibles : « Soit on joue le jeu et on fini par être prisonnier de cette logique. Soit on claque la porte en pariant sur nos ressources en développant nos propres outils de réflexion sur un film. » Cette dernière solution nécessite des soutiens financiers.

Malheureusement, la culture, en Belgique francophone, semble désertée par la pub. « C’est une question de considération… Des publications françaises comme les Inrocks peuvent remplir leurs pages de pubs pour les voitures, pour des boissons, etc. En Belgique francophone, la culture n’a pas cette dimension de prestige social qui peut attirer la pub. » Faire vivre un magazine spécialisé relève de la mission quasi impossible ! Pourtant, quand on demande aux journalistes – comme au public d’ailleurs – s’ils voient d’un bon œil l’apparition d’un magazine spécialisé sur le cinéma en Belgique, chacun répond positivement. Actuellement, c’est le désert total de ce coté en Belgique francophone (il existe bien quelques noms, mais pas suffisamment imposés sur le marché). Un paradoxe, au vu de la richesse du cinéma en Belgique, de ses festivals.

Laurent Raphael conclut d’ailleurs : « Il y a de la place pour une revue spécialisée sur le cinéma… simplement parce qu’il n y en a pas.» « Puis », ajoute Gauthier Keyaerts, « Le public reste attaché au papier, pas par fétichisme mais parce qu’après une journée les yeux rivés sur l’écran, à zapper, on est soulagé de tenir son papier. » Et « le papier reste le meilleur moyen pour défendre un secteur », a même renchéri Laurent Raphaël.

3. Quels sont les principaux supports, leur influence ? Les blogs ont-ils un impact ?

« Les blogs ne sont pas une concurrence pour le journaliste, les deux restent complémentaires. Internet est une liberté et permet d’aller plus loin, d’étoffer des sujets papiers. Les articles peuvent désormais traverser les frontières », explique Djia Mambu. Les médias traditionnels semblent avoir loupé le train du numérique. Si Internet est un outil magnifique, il faut savoir gérer le flux qui y circule. L’extrême liberté d’expression est un leurre, car elle noie bon nombre d’informations.

Internet a modifié le travail au quotidien du journaliste. Celui-ci est mal payé et doit écrire d’une manière bien spécifique pour un meilleur référencement sur le net. Gauthier Keyaerts résume le problème en une allégorie: « Le problème c’est ce rail de coke généralisé. L’hyper jouissance : on passe d’une tablette a l’autre, on zappe sans arrêt de ses mails à Facebook, etc. On peut perdre, comme ça, très vite, deux heures de sa vie dans un vide qui n’apporte rien. Il faut absolument sortir de ça. » Sortir de la chasse au clic. Car finalement, ce ne sont pas les blogs en eux-mêmes qui menacent les médias traditionnels. Cette cohabitation n’est pas problématique, c’est le chaos général qui l’est. « Parce que personne ne maîtrise rien, on ne comprend rien mais on continue comme ça. »

L’enjeu actuel serait de préserver les acquis de l’ancienne école tout en les intégrant dans des dynamiques plus modernes. Il faut « garder l’âme du journaliste » face aux outils informatiques. « Notre salut passera par la capacité de chaque média à venir avec des idées originales et intelligentes dans le traitement de la matière », nous dit Laurent Raphaël. Il va falloir, de plus en plus, faire preuve d’imagination, fédérer des journalistes et encourager la spécialisation. Ce que tente de faire d’ailleurs l’UPCB. Car le tout est là : il faut revoir la forme, le mode d’emploi, mais aussi revoir le fond, c’est à dire adapter les contenus à la forme. Il faut repenser la presse.

| Infos.
Publié le: janvier 20th, 2016

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