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NOS ACTUS


Excursion en terre européenne



Lux Prize 2015 press seminar. Costa-Gavras (à droite de Doris Pack). Le réalisateur a insisté longuement sur l’importance pour les enfants d’inclure le cinéma dans les programmes d’éducation.

À Strasbourg, le 24 novembre, l’engagement politique prenait le pas sur le divertissement. Depuis 2007, le Parlement européen y remet chaque année le Prix Lux. Trois films en lice, trois représentations d’une problématique sociale ou politique propre à l’Europe. L’occasion pour quelques journalistes de visiter les dédales futuristes-surannés d’un imposant bâtiment (où il n’est pas exclu de croiser une dame en tenue populaire polonaise, prête à dégainer son accordéon). Et de discuter de ces trois long-métrages, ambassadeurs d’une diversité européenne nécessaire.
Par Astrid Jansen

C’est paradoxal. Toute la journée, nous avons entendu ces mots: « l’identité culturelle européenne ». Pourtant, c’est bien l’hétérogénéité de cette culture qu’il faut défendre. Via le Prix LUX, ce paradoxe prend sens avec le langage cinématographique comme dénominateur commun de la multiplicité.

Car le cinéma est un langage universel tissant des liens entre les identités qu’il entend préserver. Il est le moyen idéal de véhiculer des valeurs et d’entendre le témoignage de « frères humains » comme le dit si bien Deniz Gamze Ergüven réalisatrice de Mustang, lauréat du Prix LUX 2015. Un Prix qui entend donc promouvoir une culture plurielle en offrant aux trois films sélectionnés un sous-titrage dans les 24 langues officielles de l’UE. Mais cette récompense n’a pas encore réussi à s’imposer dans le calendrier des prix de cinéma. Le Prix LUX est écrasé par un institutionnalisme lourd pourtant nourrit de bonnes intentions. Ce 24 novembre 2015, dans l’hémicycle du Parlement européen, sans tambour ni trompette, le prix Lux fut rapidement remis entre une mise à jour législative du domaine des assurances et un rapport sur les rescrits fiscaux.

Trois films, trois missives
Raconter l’Europe, voilà l’idée du LUX Prize. À travers trois films, des questions se posent : comment le cinéma peut-il améliorer notre compréhension du monde? Comment le cinéma peut nous rapprocher comme individus? Avec quelques députés et réalisateurs, nous avons abordé le cinéma comme outil pour la diplomatie culturelle. Mais la rhétorique peinait à laisser place au cinéma.

Aux côtés de Mustang, les deux autres films de cette édition 2015 sont Urok (La Leçon) et Mediterranea. Urok, de Kistina et Petar Valchanov, conte le dilemme moral d’une femme confrontée à la corruption. La présence du film bulgare a permis à son réalisateur de mentionner la crise que connaît l’industrie du cinéma dans son pays, inondée par les productions hollywoodiennes. « Il y a tant d’artistes talentueux en Bulgarie. Ils ont juste besoin de  croire que la création est possible», nous dit Petar Valchanov.

Mediterranea de Jonas Carpignano, quant à lui, est un film âpre mêlant fiction et documentaire. Le sujet concerne l’accueil peu hospitalier des migrants clandestins en Italie. Le film s’inspire de l’expérience de Koudous Seihon, le protagoniste, lui-même migrant clandestin y ayant reçu un accueil rébarbatif. Nous étions particulièrement heureux de l’entendre raconter – face à un public médusé – qu’au péril de sa vie il a traversé la méditerranée non pas pour fuir la guerre ou la misère mais bien pour « voir autre chose ».

Enfin, le caractère, la vivacité et la fraicheur des cinq jeunes actrices de Mustang a déjà convaincu le monde. Ce film franco-germano-turc véhicule des valeurs émancipatrices en racontant l’histoire de 5 sœurs dominées par le patriarcat. Deniz Gamze Ergüven y montre une Turquie inégale, une terre qui a pourtant tant de beauté à offrir.

Un vent d’ouest menaçant
« Vous faites du bon vin et nous du bon spectacle, laissez-nous donc ce domaine ! », a dit un jour un producteur américain à Costa-Gavras. Comme figure tutélaire du cinéma français, le réalisateur et président de la cinémathèque était l’un des invités de cette « journée européenne ». L’occasion de parler de cette actualité qui ne peut être occultée : l’invasion du modèle américain portant préjudice à la diversité européenne.

Selon l’Observatoire européen de l’audiovisuel à Strasbourg, le cinéma européen a réalisé en 2014 son score le plus haut depuis 1996 avec 33,4 % de parts de marché. Ça reste pauvre. Or les citoyens européens ont besoin de se (re)connaitre à travers les réalisations de ses artistes. C’est par le cinéma que les États membres de l’Union doivent favoriser un esprit européen, aussi multiple soit-il. En 2014, c’est 1600 films qui ont été produits en Europe, contre 707 aux États-Unis.

Mais le paysage cinématographique européen voit ses recettes baisser. La faute aux services de vidéo à la demande. C’est un préjudice important car la culture représente un créateur d’emploi majeur. Silvia Costa, Présidente de la Commission de la culture et de l’éducation, a d’ailleurs fait cette remarque importante : « nous voudrions qu’au sein du Parlement européen, chaque fois qu’on parle d’industrie, de croissance et de compétitivité, que les industries culturelles et créatives soient prises en compte sans qu’on doive insister pour que ce soit le cas. »

« J’espère ne pas en rester aux vœux pieux »
Pourquoi ne pas imposer des quotas de films européens en salle ? Pourquoi ne pas imposer à Netflix et Amazon de participer  au financement de la production cinématographique européenne ? « Le problème avec le parlement européen, dans le domaine culturel surtout, c’est que nous ne pouvons rien imposer, juste conseiller. » Doris Pack, coordinatrice du Prix LUX et anciennement présidente de la Commission de la culture et de l’éducation veut «  donner plus de poids à la culture et aux politiques culturelles au sein de l’union européenne. »

Concrètement, pour soutenir le cinéma européen, l’UE fournit une aide financière via le programme Europe créative. « Entre 2014 et 2020, plus de 800 millions d’euros seront disponibles pour le cinéma par l’intermédiaire du programme Europe créative. A compter de 2016, un nouveau mécanisme de 210 millions d’euros permettra aux petites entreprises d’obtenir plus facilement des prêts bancaires dans le cadre de projets cinématographique.» Voilà donc le défi le plus évident : accorder au Parlement européen un rôle stratégique pour la création, la production, la compétitivité dans le domaine du cinéma. Si Doris Pack a dit espérer ne pas « en rester aux vœux pieux », nous avons senti toute la difficulté de la Commission de la culture de se faire entendre.

Lux Prize 2015 press seminar. Le jury et les lauréats.

Photos: © 2015 European Parliament / AudioVisual Services for Media

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Publié le: novembre 30th, 2015

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